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Sergeant Pepper Times a déménagé à une nouvelle adresse : www.sergeantpeppertimes.net.

Il ne publiera donc plus aucun article ici-même.

 

SPT

Grenier

 

Suicide Bomber

30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 16:08

 

 

Bangkok, bon, quoi en dire ? Ben, pas grand-chose. J’y ai débarqué à 9 heures, avec deux heures de retard sur l’horaire prévu, et j’en suis reparti à 18 heures 10. Si mes calculs sont exacts, cela fait un total de neuf heures et dix minutes.

 

Le voyage de Chiang Mai à Bangkok fut sans incident. J’ai embarqué dans le Special Express muni de riz gluant, de seiche, de porc frit, d’une boîte de bière Leo et d’un roman. Ayant eu la bonne idée de louer la couchette du bas, j’ai dormi comme un bébé. Pour ceux qui connaissent, de Lampang à Rangsit, soit des montagnes du Nord jusqu’à la banlieue de la Cité des Anges.

 

A l’arrivée, la première cigarette, d’un diamètre supérieur à la moyenne, m’a mis K.O. J’ai dû errer dans la gare pendant environ vingt minutes. J’ai le souvenir, au tout début, de m’être accroché aux murs pour ne pas tomber. Ou ne pas m’envoler. Les fumeurs invétérés qui ont déjà connu des périodes d’abstinence prolongées, comme un vol long courrier par exemple, sauront de quoi je parle. Redevenu maître de moi, je me suis lancé à la recherche d’un taxi. Je n’ai d’abord essuyé que des refus. « Je ne vais pas rue Sathorn » ou, variante, « Je ne vais pas rue Sathorn. C’est dangereux. ». Au troisième refus, un grand flic, qui auparavant m’avait vu divagué cigarette en main et souri, a volé à mon secours. Il a stoppé un taxi de couleur rose, je le jure, et lui a ordonné de m’emmener vers ma destination, soit la fameuse rue Sathorn Sud. Le gars n’a pas résisté. Je lui ai demandé si notre chemin présentait quelques dangers en ce jour et à cette heure et il m’a sobrement répondu, « non ». Il semblait bien plus inquiet à l’idée de dénicher un bâtiment dont il n’avait jamais entendu parler jusqu’à notre rencontre.

A Saladaeng – enfin, je crois que le carrefour porte ce nom, nous sommes, comme des dizaines d’autres voitures d’ailleurs, passé entre le camp retranché des Chemises rouges et les militaires ou la police stationnée rue Silom. Rien à signaler. Pas de combats sanglants, pas de grenades dans les airs, pas de charges au bambou affûté, pas d’éléphants de guerre en train de piétiner des barbelés, rien. Des gens des deux côtés de la route m’ont même souri furtivement au passage. Pour ce que j’en sais, les affrontements violents s’étaient déportés ailleurs la veille de mon arrivée, notamment à Pathum Thani et Don Muang. En fait, à peu près au moment où je passais dans la rue Rama IV, Les Rouges prenaient d’assaut, sans effusion de sang, l’hôpital Chulalongkorn, à deux pas de là, mais je ne peux pas dire que j’ai vu quoi que ce soit.

Arrivés dans la rue Sathorn, le chauffeur m’a dit, « moi, je conduis. Toi, tu regardes le nom des bâtiments. On va bien finir par trouver ». Effectivement, le tandem a fonctionné à merveille. Trois, quatre minutes plus tard, nous étions devant Sathorn City Tower, mon Eldorado.

 

Le retour vers la gare, quelques deux heures plus tard, s’est passé sans plus d’ennuis que l’aller. Sauf que, cette fois-ci, le taxi a pris la voie surélevée audit carrefour et que, de ce belvédère, j’ai pu apercevoir la lessive des Rouges en train de sécher dans le parc. Ce n’est pas grand-chose, je vous l’accorde, mais c’est tout de même un petit morceau de l’Histoire du Siam que j’ai saisi là.

 

Aux environs de midi, j’étais de nouveau à la gare. Avec six heures à tuer et aucune envie, pour une fois, de m’aventurer en ville.

J’ai commencé par me taper un filet de porc avec des frites, des légumes et une salade dans l’un des restos à l’étage. 150 bahts pour un truc supposé être à la sauce aux champignons. Pour Bangkok, ce n’est pas du vol. Même si ma sauce aux champignons s’est révélée être quelque chose qui ressemblait plus à une sauce tomate. En tous cas, c’était rouge. Peut-être un acte politique de la part du restaurateur, je ne saurais dire.

En fin de repas, alors que j’étais plongé dans mon roman jusqu’aux oreilles, m’identifiant parfois au flic et parfois au tueur en série, j’ai été abordé par une dame.

 

« Parlez-vous français ? »

« Oui, un peu »

« Êtes-vous français ? »

« Oui, un peu »

« Que le ciel soit béni »

« Ne parlez pas de malheur, madame »

 

Cette dame, une Française entre deux âges, bien vêtue, tremblante d’émotion, m’a raconté une histoire abracadabrante. Deux fois. Une première fois alors qu’elle était encore debout puis une deuxième fois assise après que, passionné par ce qu’elle me racontait, je l’eus invité à se joindre à moi. Non sans avoir commandé une grande bière au préalable.

Son histoire, la voici résumée dans les grandes lignes :

 

Munie d’un mari et d’un enfant de neuf ans, elle était en vacances à Pattaya après avoir « fait » Chiang Mai et quelques autres lieux. Un soir, après avoir retiré de l’argent au distributeur, ils ont été attaqués par deux gars dont l’un porteur d’un couteau. Son mari, ne voulant pas mettre sa famille en danger, a tendu la banane où se trouvaient les passeports, les cartes de crédit et le liquide récemment pompé à la machine. Toutefois, au moment où les bandits repartaient sur leur moto, il a changé d’avis et tiré le passager en arrière. La tête de celui-ci a heurté le sol. Quant au pilote, celui des deux qui avait la banane, il a mis les bouts. Là, il y a un passage que je n’ai pas saisi mais j’ai compris qu’au final, le voleur blessé avait porté plainte pour coups et blessures et que le mari s’était retrouvé en taule où un deal lui a été proposé. A savoir le paiement d’une somme forfaitaire de 25 000 bahts contre l’abandon des charges. Devant le refus du mari de payer quoi que ce soit, parce que victime et, de surcroit, fauché, les flics seraient descendus à 10 000.

C’est là que notre dame, laissant au commissariat son mari et son fils, a décidé de rallier Bangkok pour obtenir l’aide du consulat de France. C'est-à-dire des passeports d’urgence (valables six mois) et un peu d’argent à défaut d’une intervention auprès des autorités thaïlandaises. Pour les papiers, on lui aurait dit oui mais, pour l’argent, les employés du consulat se seraient montrés bien moins polis. Voire même désagréables. Quant à l’intervention, m’a-t-elle dit, ils ont fait comme s’ils n’avaient rien entendu. Je crois lui avoir remonté un brin le moral en lui disant qu’ils étaient toujours désagréables, parfois même sourds comme des pots et que cela n’avait rien de personnel. C’est d’ailleurs sur ces deux critères, je crois, qu’on les choisit.

Dos au mur, elle a donc décidé, après avoir constaté que tous les grands hôtels du coin étaient désertés, de se rendre à la gare pour taper tous les Français qu’elle rencontrerait jusqu’à ce qu’elle ait réuni 10 000 bahts pour faire sortir, le soir même, son mari et, accessoirement, son bambin de l’enfer d’un poste de police thaïlandais. Sans attendre un virement de sa famille, par Western Union, promis pour le lendemain mais que, de toute façon, elle ne pourrait pas toucher tant qu’elle n’aurait pas les papiers d’identité promis par le consulat. Juste avant qu’elle ne me rencontre, un étudiant français lui aurait avancé 700 bahts et demandé, une fois de retour en France, à être remboursé.

 

A la fin de son histoire, j’avoue que je ne savais pas très bien si j’avais affaire à un escroc particulièrement doué pour la composition ou une brave dame sincère dont la famille se retrouvait réellement victime d’une de ces histoires comme il en arrive parfois en Thaïlande et, surtout, à Pattaya. Dans le doute, je lui ai donné 200 bahts et des tuyaux sur qui contacter à Pattaya.

Je suis parti du principe que, si elle était un escroc, l’excellent show auquel elle m’avait invité valait bien quelque argent. D’un autre côté, si elle ne mentait pas, elle et sa famille méritaient toute l’aide que l’on voudrait bien leur accorder. Dans ce cas, compte tenu du peu de liquide dans mon portefeuille et de mes propres besoins jusqu’au lendemain, 200 bahts étaient un geste sympa. Pas royal mais sympa.

Il faut aussi, je crois, à cet instant du récit, porter à son crédit qu’elle m’a laissé toute la bière et qu’elle a prétendu, à un moment donné, que je ne ressemblais pas à un vilain drogué. Ce qui fait toujours plaisir à entendre même quand l’on est, comme moi, presqu’aussi sensible qu’un caillou.

Sur le plan physique, quoiqu’européenne, j’ai trouvé qu’elle avait quelque chose de Rachida Dati.

 

 

Autrement, j’ai rencontré un clochard sobre comme un chameau dont l’anglais était de niveau incontestablement universitaire, un vieil homme souriant qui souffrait de la jambe gauche, un autre clodo, bien plus massacré, qui semblait avoir oublié sa langue maternelle et ne faisait que me répéter « Chiang Mai, Chiang Mai », une prostituée sur le retour qui n’a pas voulu me dire où elle achetait sa bière Archa, introuvable dans l’enceinte de la gare, des employés de KFC, des étudiantes sondeuses, un homosexuel d’une grande classe, chemise blanche, bermuda rose, tous deux de bonne coupe et chaussettes/bas noirs.

J’ai tourné, viré. Cigarettes à l’extérieur, dans la fournaise, déambulations dans l’air presque conditionné de la salle des pas perdus, coups d’œil sur les quais, passages aux toilettes, coups de projecteur sur les passagers assis, allongés, debout, immobiles, marchant d’un point à un autre, disparaissant par une porte, réapparaissant parfois par une autre.

Vers 16 heures 30, poisseux comme une sucette entamée, j’ai pris une douche. J’ai tenté le coup. D’abord un peu méfiant, je dois reconnaître que c’est plus propre que je ne le pensais. Je n’ai pas vu un rat ni même un cafard. Je suis resté longtemps sous l’eau. Devant le miroir commun, j’ai vu un beau vieux chinois qui se peignait. Il a eu un sourire bref.

Vers 17 heures et des poussières, muni d’un khrao man khai, d’une bouteille d’eau et d’une boîte de bière Leo, comme un rappel de l’aller, j’embarquais dans le train enfin entré à quai. Deux larges banquettes pour moi tout seul, de la clim’, de la bière fraiche et, à nouveau, le tueur en série qui se dérobe, l’odyssée à Bangkok tirait à sa fin. Train presque vide.

Les contrôleurs, assis pendant un temps à côté de moi, se sont engueulés sur la situation politique. Un, le plus gradé, semblait Jaune et les deux autres Rouges. Au bout d’un moment, le plus gros a dit qu’il fallait baisser d’un ton pour ne pas faire peur au Farang assis à côté. Le chef s’est alors tourné vers moi et m’a demandé si je parlais thaï.

« Parler thaï, bof, dans l’ensemble assez peu je le concède mais je comprends ce que vous dites ». Evidement, je ne l’ai pas dit aussi bien que ça. D’un ton brusque, mais nullement agressif, il m’a alors demandé, mais cela semblait un peu sonner comme un constat, « tu es une Chemise rouge ? »

« Non, aujourd’hui, j’ai mis un T-shirt vert. »

Rigolade. Je suis retourné à ma bière et à mon roman, ils ont repris leur conversation mais beaucoup moins fort.

 

Je n’ai pas bien dormi. Au point du jour, vers Khun Tan, le point culminant de la ligne, la porte d’entrée dans le Pays du nord, j’ai eu droit à un café instantané. Evidemment, inévitablement dégueulasse.

En entrant dans la gare de Chiang Mai, une petite-fille a vomi. Son père avait l’air très sympa.

J’ai payé les 20 bahts de consigne, récupéré la mob et tracé sur Saraphi. Home, Sweet Home. Sur la route, Lucy in the Sky a téléphoné. A l’arrivée, le café était prêt.

 

 

Hua LampongHua Lampong

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Published by Sergeant Pepper - dans Impressions
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