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SPT

Grenier

 

Suicide Bomber

19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 16:54

 

 

Chiang Mai est une ville formidable. L’atmosphère y est un brin rurale, un tantinet sous-préfectorale, certes, mais nous y bénéficions de services dignes d’une ville moderne.

J’en veux pour exemple, hormis les galeries marchandes et les hôpitaux ultramodernes, le consulat de France. Sis près de la rivière, au cœur d’un parc ombragé, il jouit toute l’année d’un microclimat idyllique. L’homme en charge de ce paradis tropical est un consul.

 

Jusqu’à ces derniers temps, ce consul s’était toujours occupé des visas. C'est-à-dire qu’il fournissait la liste des documents nécessaires et le formulaire à remplir, vérifiait, à la fin du processus, que tout était en ordre puis il expédiait le dossier à Bangkok. Quelques jours (ou semaines) plus tard, une fois le passeport tamponné, il vous passait un coup de fil pour vous dire de venir le récupérer.

 

Tout cela est fini. La France modernise. C'est-à-dire qu’elle confie au privé. Le privé, contrairement au service public, est efficace et vous simplifie la vie. Le privé, c’est le chemin le plus court vers le paradis, pour peu que l’on veuille bien cesser d’être un citoyen pour endosser l’habit de consommateur.

 

Aujourd’hui, plus de passage dans votre consulat local, à 15 bornes de la maison, plus de démarche gratuite (hors coût du visa, bien sûr), vous devez obligatoirement aller à Bangkok, à plus de 700 kilomètres. Une fois dans la capitale, n’allez surtout pas sonner à l’ambassade car c’est dans une compagnie privée que vous devez vous rendre pour déposer le dossier de demande. C’est cette compagnie, et elle seule, qui se chargera de le porter auprès des autorités françaises contre quelques billets de banque. L’accès direct à l’administration que vous engraissez par vos impôts n’existe plus. Le pont a été dynamité et, sur la berge, il y a maintenant des tranchées.

 

 

Pas très heureux d’aller à Bangkok dans les conditions que vous connaissez, j’ai téléphoné à l’ambassade pour essayer d’obtenir la permission pour Lucy in the Sky de déposer son dossier auprès de notre consulat septentrional.

Ils ne m’ont d’abord pas écouté. A la mention du mot visa, ils m’ont mis en communication automatique avec la compagnie privée derrière laquelle ils se retranchent. Au deuxième appel, plus averti, j’ai d’abord commencé par les supplier de ne pas appuyer à nouveau sur le bouton de l’éjection et de bien vouloir m’écouter. La dame, qui avait sûrement bien mieux à faire que de répondre à un administré dans mon genre, a pourtant eu la bonté d’accéder à ma requête. J’ai pu poser ma question : « Visa... guerre civile à Bangkok... présence d’un consul compétent à Chiang Mai... Peut-on ? ». La réponse est tombée comme un couperet. On aurait dit que la peine de mort avait été rétablie. « Non, cela ne s’est jamais fait ! ».

Ce qui est évidemment un gros mensonge à raconter à un mec qui vit depuis douze à Chiang Mai, mais y traîne depuis vingt, et dont les copines* ont toujours déposé leurs dossiers ici même, près de la rivière Ping. Mise devant le fait, la brave dame débordée, mais très excitée par cette mission de deux ans dans un pays exotique, a ânonné quelque chose qui avait trait à une époque lointaine et révolue. Elle a aussi précisé que les Chemises rouges ne se trouvaient pas dans le secteur de Bangkok où officiait la compagnie par laquelle je devais obligatoirement passer.

 

Les Rouges sont effectivement à Rachaprasong. Pour le moment. Mais ils ont pour objectif de prendre Silom Road, le quartier des affaires où s’est retranchée l’armée. S’ils avancent, cela se passera mal. Il n’existe pour l’instant pas d’autre alternative que le pire. Depuis le 10 avril, on sait que Rouges et soldats dans la même rue font un mélange mortel. La rue où je dois me rendre est celle juste au sud de Silom. Entre les deux, il n’y a que quelques centaines de mètres. Un plan vous donnera une meilleure idée. Silom est en rouge et la rue qui m’intéresse en bleu.

 

planBKK

 

 

En ce qui me concerne, c’est plus ou moins le même secteur. La dame de l’ambassade ne doit vraiment pas être à Bangkok depuis longtemps. Ou alors, elle ne s’éloigne pas beaucoup du climatiseur.


 

Ce n’est pas tant que je tremble pour ma sécurité – après tout, un passage à Bangkok pourrait fournir matière à article et à photos – c’est plutôt que les directives obtuses et la connerie me sortent par les oreilles. Quelqu’un a décidé qu’il était désormais nécessaire d’avoir un coursier privé et grassement rémunéré entre les administrés et l’administration et la machine, bloquée une fois pour toute sur cette décision, refuse la moindre concession, vous interdit de faire simple et d’aller voir votre consulat local, qui est pourtant une de ses filiales, plutôt que de parcourir 1 500 kilomètres aller-retour, séjourner dans un hôtel, dépenser des fortunes en taxi, respirer des cochonneries et risquer de prendre un mauvais coup si la situation venait à dégénérer dans les environs immédiats de votre lieu de rendez-vous.

Autrement, mais cela n’a aucun rapport, le gouvernement déconseille aux Français de mettre les pieds à Bangkok.

 

Vous allez penser que je déteste beaucoup de choses mais je trouve également qu’un état qui force ses citoyens à utiliser, sans possibilité de choix aucune, les services de compagnies privées en lieu et place d’une administration pourtant existante est une entité détestable qui ne mérite aucun respect. Si j’étais plus jeune, je tenterais de fomenter une révolution, de prendre le pouvoir et de rétablir un peu de simplicité dans ce monde désolant. La simplicité, c’est vraiment le truc qui nous manque. Tiens, je ne me rappelle même plus de la dernière fois où je l’ai croisée. C’est vous dire.

 

 

 

 

* Peu.

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Published by Sergeant Pepper - dans Nouvelles du Monde
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